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Fin de l'âge du pétrole |
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Page 4 sur 4 3. En conclusion
Sachant :
-
Que les derniers champs géants de pétrole ont été découverts dans les années
1960
- Que les champs géants d'Arabie Saoudite sont vieux de 60 ans, et
devraient bientôt commencer à décliner
- Que les réserves des pays
membres de l'OPEC ont été artificiellement gonflées dans les années 1980 suite à
la "guerre des quotas" qui favorisait les pays possédant les plus grandes
réserves, et que les réserves véritables sont donc inférieures à celles
officiellement annoncées
- Qu'il faut trouver le pétrole avant de le
consommer et que, depuis 1980, la consommation dépasse les réserves découvertes
(nous dépensons actuellement quatre barils de pétrole pour chaque baril
découvert)
- Que la fusion nucléaire ne sera pas maîtrisée avant une
cinquantaine d'années au moins et que la fameuse "fusion froide" reste très
hypothétique
- Que le gaz naturel commence déjà à manquer en Amérique du
nord
- Que la plupart des énergies alternatives sont, en partie, rendues
viables grâce à l'existence d'un pétrole bon marché (par exemple, il faut
beaucoup d'énergie pour extraire le charbon et acheminer le minerai)
-
Que le prix actuel du baril de brut est aux alentours de 43 $...
Je
pense qu'il est temps de s'inquiéter sérieusement. Après tout, la crise de 1929
et les deux derniers chocs pétroliers n'étaient pas des évènements
particulièrement joyeux. Il y a naturellement quelques optimistes qui prétendent
que la situation est totalement différente, et que nous n'avons rien à craindre
avant une quinzaine d'années supplémentaires (ce qui nous amène aux alentours de
2023). Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, si la seule différence entre
les pessimistes (ou plutôt les réalistes) et les optimistes est une misérable
quinzaine d'années, c'est plutôt inquiétant.
Pour ceux qui seraient
encore sceptiques, rappelez-vous les grèves des routiers (et des pêcheurs, mais
on en a moins parlé et ils étaient plus faciles à ignorer). Le pays a été
paralysé parce que le prix (hors taxes !) du pétrole était trop élevé. On parle
ici de centimes. Imaginez ce qu'un prix à la pompe doublé, triplé, voire plus,
engendrera ! Il suffit de moins d'une semaine pour que les produits frais
commencent à manquer en magasin. Notez également que pendant la dernière grève
des routiers en Grande Bretagne, les opérations chirurgicales non urgentes ont
été annulées...
Au risque de vous surprendre, le pic de Hubbert a déjà eu
des conséquences. Le pic global ne s'est, à priori, pas encore manifesté, mais
les pics locaux qu'ont connus les pays producteurs ont eu au moins deux
conséquences très intéressantes :
- Les USA ont connu leur pic de
production en 1970. A peine trois ans plus tard, en 1973, les pays de l'OPEC se
sentaient suffisament en position de force pour relever leurs tarifs, conduisant
ainsi au premier choc pétrolier. Bien sûr, cette crise était politique.
Néanmoins, elle ne se serait jamais produite si la géologie n'avait pas déjà
limité la production des USA. De ce point de vue, cette crise était une
répétition de ce qui nous attend. (La production hors du moyen-orient s'épuise
plus vite, de sorte que, dans le futur, la production se concentrera de plus en
plus dans cette région)
- L'ancienne URSS a connu son pic de production
en 1987. Quatre ans plus tard, elle s'effondrait complètement. Bien sûr, on peut
toujours dire que le communisme était inadapté et a fini par capituler devant le
capitalisme triomphant. C'est peut être le cas, mais ce système a quand même
tenu soixante-dix ans avant de s'en apercevoir.
Une dernière remarque
pour finir. Les biocarburants ne sont pas non plus la panacée. Ces plantes ont
aussi besoin d'engrais et de pesticides, et il faut donc du pétrole pour avoir
un rendement suffisant. En outre, si l'on voulait faire rouler toutes les
voitures au carburant vert, il faudrait une surface cultivable(*) supérieure à
celle dévolue actuellement aux cultures agricoles(**) !
(*) Une
possibilité alternative serait de cultiver ces plantes directement dans l'océan.
Il y avait un article
sur le sujet sur Slashdot, et vous pouvez aussi lire mon article sur le sujet.
(**) Et ce problème n'est pas
nouveau. À l'age d'or du cheval, en Angleterre, vers 1900, une part considérable
de la production agricole était destinéee aux chevaux. Que l'on voyage en
voiture ou en cheval, la problématique énergétique est la même : Si on veut de
l'énergie pour se déplacer, il en reste moins pour se nourrir. Le pétrole a
permis pendant des decennies de faire les deux, mais il faudra bientôt choisir.
Note : j'ai publié cet article une première fois (le 1er
août 2004) sur le site tribunelibre.org.
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